Vice-président de la Commission européenne et commissaire chargé de la concurrence.
Interview de Joaquin Almunia pour la newsletter de la Maison de l'Europe Bordeaux - Aquitaine
1) Vous allez vous prononcer, d'ici fin mars, sur un éventuel dépôt de plainte contre Google pour abus de position dominante. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste cette plainte ?
La Commission enquête actuellement sur Google suite à plusieurs plaintes déposées par des concurrents. L'enquête couvre plusieurs aspects. Il s'agit notamment de savoir si Google a abaissé dans ses résultats de recherche le rang de certains services concurrents, ou encore dégradé leur "score de qualité", l'un des facteurs qui détermine le prix de la publicité sur Google. Notre enquête couvre aussi l'imposition possible de clauses d'exclusivité et d'autres allégations concernant le marché publicitaire. Google est aujourd'hui utilisé par la plupart des internautes. Nous devrons déterminer si cette situation a conduit ou non à des abus. L'enquête est toujours en cours. Il est en tout cas essentiel pour l'économie européenne de veiller au maintien de conditions de concurrence saines et équitables dans ce secteur. Bien sûr il s'agit aussi de marchés qui changent très vite et il faut donc savoir intervenir à temps.
2) Vous avez déclaré que "les systèmes de paiement électroniques inefficaces au sein de l'Union européenne ont augmenté les coûts de transaction, ont miné la compétitivité globale de l'économie européenne et ont limité son potentiel de croissance ». Quels sont les enjeux auxquels la Commission doit répondre pour améliorer ces types de paiement ?
L'euro a permis d'améliorer les bénéfices pour les citoyens du marché intérieur européen. Mais les systèmes de paiement n'ont pas évolué pour prendre en compte cette réalité du marché unique. Cela prive les entreprises et les consommateurs de bénéfices potentiels importants. Les systèmes de paiement transfrontaliers, par exemple, sont aujourd'hui inadaptés et constituent une barrière à l'essor du commerce électronique. Seulement 9% des consommateurs dans l'UE ont recours au commerce électronique transfrontalier, alors que 40% l'utilisent dans leur propre pays. Il y a donc là un potentiel inexploité. De plus, les marchés sont aujourd'hui trop fragmentés : par exemple pour une transaction de 50 euros par carte bancaire, il faut payer une commission interbancaire de 10 centimes en Belgique mais de 80 centimes en Pologne. Nous avons enfin besoin de moyens de payment plus efficaces, plus modernes et plus sûrs, tirant tout le bénéfice des nouvelles technologies, pour baisser les coûts de transaction et favoriser ainsi la croissance et la compétitivité. La politique de la concurrence a aussi un rôle essentiel à jouer pour garantir des prix bas et encourager l'innovation.
3) La Commission européenne a adopté mercredi 11 janvier 2012 un Livre vert qui met en place une consultation publique pour identifier les obstacles des consommateurs. De quoi s'agit-il concrètement ?
Il s'agit d'un livre vert, donc d'une consultation publique. Nous voulons lancer un grand débat sur ce sujet. Grâce à cette consultation, nous identifierons les obstacles qui freinent l'intégration européenne dans les marchés des paiments par carte, par internet et via la téléphonie mobile. Toutes les parties intéressées ont la possibilité de répondre jusqu'au 11 avril 2012. Au deuxième trimestre 2012, la Commission décidera ensuite des suites à y donner. Ce sujet est pour nous une priorité.
Propos recueillis par Amalia Petaux-Pantano