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L'Europe vue par...

Maria Damanaki

 

Commissaire européenne aux affaires maritimes et à la pêche

 

Interview de Maria Damanaki pour la newsletter de la Maison de l’Europe Bordeaux – Aquitaine

1) Vous avez affirmé que la crise de la pêche ne peut être résolue qu’en traitant non des poissons mais des pêcheurs. Comment trouver une solution à cette crise liée à la gouvernance des pêches et au partage de ces ressources communes ?

Les poissons sont une ressource naturelle commune, et la pêche dans les eaux de l’Union Européenne rentre dans les compétences de l’Union.  L’évaluation de la gestion de la politique européenne sur la pêche a montré une baisse de notre objectif de durabilité. C’est pourquoi, en juillet 2011 j’ai présenté une nouvelle réforme ambitieuse de la politique Commune de la Pêche (PCP) qui met l’accent sur la pêche durable et la cohésion sociale pour les collectivités côtières et de la pêche.

Un certain nombre d’éléments clés de cette nouvelle PCP nous amènera à une pêche durable dans les prochaines années.

La nouvelle PCP introduit les concessions de pêche transférables (CNT), qui remplacera l’actuel système de quotas et permettra à l’industrie de la pêche des perspectives à plus long terme, plus de flexibilité et une grande responsabilisation, tout en réduisant la surcapacité de la flotte de pêche.

L’élimination des rejets des poissons indésirables est une grande priorité dans la réforme de la PCP. Des mesures concernant à la fois la technique, et le commerce seront introduites en vue d’éliminer progressivement le rejet de "poissons indésirables" à la mer.

J’ai également proposé la création d’un système de prise de décision simplifié au sein duquel, la structure générales avec des objectifs généraux seront décidés à Bruxelles, mais dans lequel les états membres mettront au poins leurs propres techniques de gestion de la pêche en fonction des besoins spécifiques de leur territoire, avec la participation active de l’industrie de la pêche.

Je comprends bien que la transition vers ce nouveau mode de fonctionnement peut être difficile pour certaines communautés. Notre nouveau mécanisme de financement pour la pêche et la politique maritime, le Fond Européen pour la pêche, financera la nouvelle PCP de manière à atteindre les objectifs de développement durable et de cohésion sociale que nous nous sommes fixés, en encourageant l’innovation, la durabilité et le développement durable des zones de côtières.

2) "Bruxelles" compte renforcer la coopération avec d'autres pays, comme les Etats-Unis, la Norvège et l'Islande, pour aboutir à une meilleure gestion de l'océan. Pouvez-vous nous explique en quoi consiste cette « Stratégie pour l'Atlantique » lancée par la Commission ?

La commission a, pour une stratégie maritime de la zone atlantique,  l’objectif primordial de créer un développement et des emplois durables dans les régions du littoral atlantique. Les principaux composants de cette « Stratégie de l’Atlantique » sont les suivants : - i) la mise en oeuvre de l'approche d'écosystème, ii) la diminution de l’empreinte carbone de l’Europe, iii) l’exploitation durable des ressources naturelles de l'océan Atlantique, iv) la réponse aux menaces et aux urgences, v) l’accomplissement de croissance socialement inclusive  pour les collectivités de la côte atlantique.

La stratégie identifie des challenges et des opportunités dans les régions, et examine les initiatives existantes qui peuvent encourager la croissance et la création d’emplois. La stratégie sera mise en place par un Plan d’Action en 2013. Nous invitons les parties prenantes à concevoir des projets concrets qui seraient en mesure de bénéficier des fonds européens. Nous faciliterons le développement de ce plan d’action à travers une série d’ateliers et de rencontres ouvertes au plus grand nombre au sein du « Forum de l’Atlantique ».

J’ai conscience qu’il y a un grand nombre de défis à surmonter mais il y a également beaucoup d’opportunités. Avec l’adoption de cette stratégie par la Commission, nous avons fait le premier pas, et je suis impatiente de la voir évoluer au cours des prochaines années.

3) Lors de votre rencontre avec la communauté maritime française, le 14 octobre 2011, vous avez dit que votre objectif est de promouvoir ce que vous appelez la "Croissance bleue". En quoi consiste cette croissance ?

Par "croissance bleue" nous entendons une croissance durable basée sur les ressources marines. C’est une stratégie à long terme qui vise à supporter la croissance, et les nouveaux emplois qui se créer dans les secteurs actuels et émergeants du secteur de la mer. La croissance bleue se concentre sur les activités existantes, émergeantes et à venir, telles que la la navigation, le tourisme côtier, les énergies éolienne offshore, la désalination et l’utilisation des ressources maritimes dans les industries pharmaceutiques et cosmétiques. Dans un premier temps, les enjeux économiques, environnementaux et sociaux touchant l’économie de la mer vont être identifiés. Nous avons lancés une étude approfondie pour analyser les sources futures de croissance maritimes.  Un certain nombre de secteurs émergents sont étudiés finement, en tenant compte de leur état actuel de développement technologique, aussi bien que de leur potentiel. Les synergies entre les différentes politiques sectorielles seront mises en lumières, et les interactions entre différentes activités ainsi que leur impact potentiel sur l’environnement marin et la biodiversité seront étudiées.

Les activités qui seront identifiées comme ayant le plus fort potentiel de croissance dans le long terme seront pris en charge par la promotion d’investissement dans la recherche, l’innovation et la formation ainsi que par la levée de barrières administratives qui ralentissent la croissance.

4) Pour finir, quel est votre mot d'espoir, dans ce temps de crise, en tant que citoyenne grecque et acteur actif dans la construction européenne?

Nous vivons dans des temps difficiles et d’austérité, mais il est clair que nous avons des problèmes communs qui ne peuvent être résout que par des solutions communes. Je le vois déjà dans mon travail quotidien de Commissaire des Affaires Maritimes et de la Pêche, il n’y a rien de tel que des solutions transnationales pour résoudre des problèmes nationaux. Comme les poissons n’ont pas de passeports, ils nagent partout. Ce n’est qu’ensemble que nous mettrons en place un développement et une gestion des ressources durables ainsi qu’une industrie de la pêche forte.

Propos recueillis par Amalia Petaux-Pantano

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