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L'Europe vue par...

Anne Houtman

Chef de la représentation de la Commission européenne en France

 

Interview d'Anne Houtman pour la newsletter de la Maison de l’Europe Bordeaux – Aquitaine

 

1)  Vous avez affirmé que « La Politique Agricole Commune, les Transports, ou encore l’Energie sont des domaines où l’Europe peut devenir plus efficace »… Aujourd’hui, au regard de l’intensification de  la crise pensez-vous toujours que l’Europe peut mieux faire dans ces domaine et surtout où trouvez les financements pour le faire ?

Je pense que les domaines  que vous avez cité sont des domaines où un euro qui est dépensé au niveau européen peut être plus efficace que l’addition de tous les centimes d’euros qui pourraient être dépensés par chacun des Etats membres. En effet, dans le domaine des infrastructures, on a besoin d’infrastructures avec une logique européenne, c’est le cas pour l’interconnexion des réseaux nationaux, et là il y a un sens à l’intervention européenne puisque le marché ne le fait pas. Si vous pensez à l’énergie par exemple, cela devrait permettre d’exporter de l’énergie moins chère vers des pays où l’énergie est plus chère et donc de permettre une réduction  des coûts. Autre exemple, dans le domaine de la recherche, cela permettrait d’éviter des doublons et de mettre ensemble des équipes de chercheurs, au lieu d’avoir des équipes qui travaillent chacune de son côté.

Effectivement en période de crise, la question de l’efficacité est la question centrale : à quoi sert l’argent et comment on l’utilise... D’ailleurs, l’efficacité n’implique pas nécessairement avoir plus d’argent, il s’agit de mieux cibler sur des secteurs qui permettent de renforcer la situation économique sur le long terme, comme c’est le cas lorsque l’on investit dans des infrastructures qui peuvent permettre le développement économique d’une région, dans l’éducation ou encore dans la recherche.

2. L’une de vos missions en tant que chef de la délégation en France de la Commission Européenne est d’expliquer l’action de Bruxelles aux français mais aussi de sonder leur opinion. Sur la question de la gouvernance économique, qui est au cœur des objectifs 2020 de la Commission quelles sont, selon vous, les attentes des français ?

Tout d’abord, je ne suis pas sûre que beaucoup de Français sachent exactement ce que signifie la gouvernance économique. Si l’on parle des institutions, notre analyse à partir des moyens d’enquêtes au niveau européen, par exemple, l’eurobaromètre, montre que l’UE et ses institutions arrivent souvent devant les gouvernements nationaux pour ce qui est de donner une réponse à la crise. Ainsi, les citoyens font largement confiance aux institutions européennes et à l’Europe pour résoudre la crise. Ensuite, vu la complexité du problème il peut être plus efficace de le résoudre à 27, même si pour certains c’est encore très difficile de le comprendre. Je pense qu’il faut continuer à expliquer ce que veut dire la solidarité européenne plutôt que  d’utiliser des mots comme la gouvernance : la solidarité c’est un système où chacun investit pour faire ensemble quelque chose de mieux, même si au départ il y  a un coût.

Pour revenir sur la crise actuelle, essayer de sauver les pays en difficulté c’est un investissement. Il est vrai que cela représente  un coût pour les pays les plus riches  mais qui sur le long terme va éviter que tous les pays tombent dans une crise profonde. C’est donc évidemment une bonne utilisation de nos moyens pour les contribuables. Je crois qu’il faut l’expliquer de cette façon-là : faire comprendre que la solidarité c’est l’intérêt de tous sur le long terme, même si à court terme cela peut représenter un coût et qui peut paraître à certains  injuste.

3. Selon vous les citoyens français sont-ils prêts à faire cet effort de solidarité ?

La France est un des pays européen où la population n’est pas réticente à l’idée d’aider les autres pays, et c’est un des points positifs en France. Dans d’autres pays, la population est massivement réticente à l’idée de payer à travers ses impôts pour un autre pays. Je pense qu’en France l’opinion publique est plus favorable à cette idée de solidarité européenne, certainement pas à 100 %,  mais plus favorable quand même…

4. Sur un plan plus local pour finir, vous avez à plusieurs reprises insisté sur l’importance d’avoir des partenaires pour sensibiliser les citoyens aux questions européenne. En quoi les associations locales, dont la Maison de l’Europe en fait partie, peuvent aider à aller plus loin ?

D’abord, je suis quelqu’un d’extrêmement enthousiaste sur le rôle de nos centres d’information europe direct, des maisons de l’Europe et en général de tous les partenaires que nous avons sur le terrain. Il est impossible pour « Bruxelles » d’atteindre directement tous les citoyens européens. Si l’on n’avait pas ces relais pour répondre aux questions des personnes, et surtout pour avoir ce contact humain qui change complètement la communication, je crois qu’on n’arriverait jamais à faire comprendre l’Europe. Je suis convaincue  que c’est  un rôle tout à fait essentiel. Il  est nécessaire  de faire de la pédagogie pour donner un sens à  l’information que l’on reçoit, et pour cela il faut avoir un contact direct, il faut être sur place. Etre à l’écoute des citoyens est une autre fonction fondamentale. Cela permet de faire remonter leur opinion à « Bruxelles », notamment à travers la représentation de la Commission européenne en France. Ce retour est indispensable pour aider la Commission à mieux communiquer.

5.  Et pour cela, quelles aides peuvent elles recevoir de "Bruxelles" ?

« Bruxelles » a un rôle essentiel, elle communique pour 27 Etats membres à la fois, c’est pour cela qu’elle a créé des représentations de la Commission dans tous les Etats membres, avec des antennes locales en France. Il faut communiquer de manière à ce que les populations comprennent les messages. Ce n’est pas seulement une question de traduction. Par exemple, si vous parlez de services publics, cela n’a pas la même connotation en France qu’en Allemagne ou qu’au Royaume-Uni. Il est donc extrêmement important qu’au niveau des  représentations nationales de la Commission européenne, nous fassions cet effort d’explication. Il faut que nous vous aidions à avoir l’information essentielle. Nous pouvons également vous aider à vous rencontrez entre vous, et à créer un réseau  pour l’échange de bonnes pratiques.

Propos recueillis par Amalia Petaux et Hadjira Hadji

 

A propos d'Anne Houtman

Belge et francophone, Anne Houtman a effectué l’essentiel de sa carrière comme haut fonctionnaire de la Commission européenne qu’elle intègre en 1985.
Elle fut notamment chef adjoint du cabinet de Romano Prodi, président de la Commission européenne de 1999 à 2004, notamment chargée de la recherche, de la société de l’information et du marché intérieur. Elle fut ensuite directeur de l’élaboration des politiques horizontales à la direction générale du marché intérieur, puis directeur en charge du marché intérieur et du développement durable, avant de devenir directeur des affaires générales à la direction générale de l'énergie.
Anne Houtman a été nommée, en septembre 2010, chef de la représentation de la Commission en France. Elle est licenciée en mathématiques à l'Université catholique de Louvain et titulaire d’un docteur en philosophie, en statistiques de l'université de Princeton (USA).

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