Directeur artistique d'Evento 2011
Interview de Michelangelo Pistoletto pour la Newsletter de la Maison de l'Europe Bordeaux - Aquitaine
Je suis européen bien sur, mais je suis petit et l’Europe est grande …..
1) A. Selon vous, et en tant qu’acteur culturel européen, l’Europe d’aujourd’hui est-elle une Europe culturelle ?Oui. L’Europe est naturellement et culturellement très complexe, elle est vivante mais très complexe….je veux dire par là, qu’il y a des Etats, il y a des traditions, des cultures très différentes qui doivent se rencontrer, se mêler, se mettre en condition pour se comprendre et cela c’est un travail très difficile, mais qui est en train de se faire, petit à petit, à travers une politique d’échange et de partage.
1) B. Que reste-t-il à faire ?Je pense que la culture européenne du passé est encore présente aujourd’hui et qu’elle n’est pas encore arrivée à sa finalité. Il y a encore beaucoup de fermentation dans la tradition, mais maintenant nous avons des visions nouvelles que nous devons mettre sur la table pour faire de l’Europe un phare culturel pour le monde. L’Europe doit aujourd’hui prendre une responsabilité commune, c'est-à-dire qu’elle doit créer de conditions nouvelles qui soient bien pour tous les pays de l’Europe, pour les villes européennes, pour les citoyens européens, dans une projection utile à la création d’une conception nouvelle du monde.
2) Evento 2011présente trois chantiers qui constituent des laboratoires de création artistique ouverte et partagée. Pourriez-vous imaginer un chantier au niveau européen ?Un chantier européen : absolument oui ! Parce que la situation d’une ville comme Bordeaux peut se retrouver dans une dimension plus large et donc absolument oui ! Il faudrait rechercher une nouvelle forme de connexion entre les gens qui puisse évoluer dans des conditions plus larges au niveau international. Par exemple nous avons créé la « Cittadellarte » à Vienne, avec le concept de « mille différences ». Ce concept est très riche et très précieux car c’est à travers la différence qu’on arrive à comprendre par exemple « l’état de vie » et « l’état de guerre ». C’est le concept de différence qui peut édifier la vie artistique et culturelle et donner une vision poétique du monde.
3) Dans une interview à propos d’Evento vous avez parlé de Bordeaux comme une ville ambitieuse capable de proposer un vrai changement au niveau national et européen. Quel est, selon vous, le changement que Bordeaux peut représenter ?Je pense qu’une ville ambitieuse, qui veut devenir plus grande et plus importante doit absolument s’engager dans la problématique économique et politique de sa société. Il faut que les gens qui y vivent trouvent une façon de bien vivre économiquement. Il faut développer une économie qui rend la vie confortable pour tout le monde, et cela veut dire s’occuper aussi du problème de l’immigration : comment l’immigration peut être utile au développement par exemple, au delà de toute spéculation que l’on puisse faire. Bordeaux est une ville qui est devenue importante grâce à l’immigration, mais elle a aussi fait sa richesse par le biais de l’esclavage. Aujourd’hui, il faut que la vision négative de l’immigration soit réélaborer pour construire un système de cohabitation d’égalité et de paix.
4) Pour finir, quelles empreintes souhaitez-vous qu’Evento laisse à Bordeaux ?Les artistes invités à Evento sont tous engagés dans la communication directe avec le public pour faire en sorte que les gens se rencontrent. A travers le travail prévu avec les associations de tout genre : culturel, social, sportif, Evento veut que les différentes sections de la vie sociale deviennent un lieu commun de rencontre et de communication. Si les gens obtiennent quelque chose de positif dans les chantiers dans lesquels nous avons travaillé, alors ces activités et cet engagement pourront continuer après Evento.
Propos recueillis par Amalia Petaux-Pantano et Marie-Clémence Matta.