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L'Europe vue par...

Androulla Vassiliou

 

Androulla VASSILIOU Commissaire Européenne à l'éducation, la culture, le multilinguisme et la jeunesse

Interview de Mme Vassiliou pour la newsletter  de la Maison de l’Europe Bordeaux – Aquitaine

 

La réorganisation du programme MEDIA de l’Union européenne au-delà de 2013 suscite, notamment en France, une inquiétude parmi les professionnels du cinéma. Une entrevue était prévue le jeudi 17 mars. entre une délégation de l’ARP (Société Civile des Auteurs, Réalisateurs et Producteurs) et José Manuel Barroso. Quels sont les changements que la Commission compte apporter  à sa politique culturelle ? Y a-t-il une spécificité du monde du cinéma à défendre selon vous ?

L'avenir du programme MEDIA n'a jamais été menacé. Lors de notre rencontre avec des cinéastes aussi prestigieux que Théo Angelopoulos; Cristian Mungiu, Radu Mihaileanu et Costa Gavras, José Manuel Barroso et moi-meme avons ainsi exprimé avec force le souci de la Commission européenne de garantir la pérennité et l'intégrité de ce programme. Les professionnels peuvent aussi compter sur mon soutien et ma détermination. Ainsi, dans le cadre des prochaines discussions relatives au budget européen, je veillerai à préserver le montant des ressources budgétaires allouées à  MEDIA. Je m'attacherai également à amplifier son action et à améliorer son efficacité. Sur ce point,  la diversification possible des sources de financement du programme MEDIA ne doit pas être perçue comme une menace, bien au contraire. Les mutations technologiques en cours bouleversent en profondeur les équilibres actuels de l'industrie cinématographique européenne. C'est justement pour répondre à ces nouveaux défis que le programme MEDIA et les mécanismes de soutien européen se doivent d'évoluer. Dans cette optique, je propose d’inscrire les évolutions possibles du programme MEDIA dans le cadre d'éventuelles synergies avec d'autres programmes européens. Cette approche se déploie dans le cadre d'une stratégie ambitieuse et résolument et offensive visant à garantir la compétitivité de notre industrie cinématographique et la promotion de la diversité culturelle.

Du 13 au 20 mars a eu lieu la semaine de la francophonie, en quoi l’UE peut elle aider à promouvoir le multilinguisme ?

L'Union européenne a beaucoup à apporter en matière de multilinguisme. Et notre soutien aux Etats membres peut souvent être déterminant. En tant que Commissaire chargée du multilinguisme, j'ai veillé à mettre en place une politique du multilinguisme qui respecte et valorise la diversité linguistique en Europe, qui favorise l'apprentissage des langues et enfin qui renforce les gains de la maîtrise des langues étrangères pour l'employabilité. De même, cette maîtrise de différentes langues vivantes bénéficie à la compétitivité des entreprises européennes. Nous devons créer les conditions pour que chaque citoyen européen maîtrise au moins deux langues étrangères en plus de sa langue maternelle. Je pense que parler plusieurs langues est aujourd'hui indispensable dans notre société globalisée. De plus, être polyglotte élargit les  perspectives professionnelles de chacun tout en étant source d'épanouissement sur un plan personnel. Dans le respect des politiques mises en œuvre par chaque Etat membre, la politique de l'Union européenne en matière de multilinguisme construit un environnement propice à l'enseignement d'une grande variété de langues étrangères. Pour atteindre cet objectif, j'ai invité les Etats membres à mettre en place une stratégie visant à promouvoir les vertus du  multilinguisme auprès des citoyens. La présence accrue des langues étrangères dans la vie quotidienne. rend notamment nécessaire cette action.

Du fait de notre histoire commune, le français tient une place particulière. Porteur d'une forte dimension culturelle, le français demeure une langue majeure. Il s'agit d'un outil de communication qu'il faut entretenir et développer aussi bien au sein de l'espace francophone qu'à l'échelle internationale. La promotion de la langue française contribue, à mon sens, à la diversité des langues et des cultures en Europe.

Vous étiez à Bordeaux  le 14 octobre dernier pour l'événement Youth on the Move. Dans ce registre, quel rôle joue la Commission européenne pour développer la citoyenneté et la mobilité des jeunes en Europe?

Effectivement, je suis venue à Bordeaux en octobre dernier. Je garde d'excellents souvenirs de mon séjour qui m'a également permis de visiter la Maison de l'Europe de Bordeaux.

Du fait de la répartition des compétences entre l'Union et les Etats membres, le rôle de la Commission européenne est de promouvoir ce qui se fait de mieux dans les différents pays  et d'aider les Etats membres à  mettre en œuvre des actions pertinentes en matière de citoyenneté et de mobilité. Nous allons nous atteler avec ardeur à cette tâche car nous savons tous que la mobilité est une des clés pour progresser et obtenir un emploi.

L'initiative " Jeunesse en mouvement", que j'ai présentée à Bordeaux en octobre 2010, a pour but de permettre aux jeunes de bénéficier pleinement des possibilités de mobilité offertes en matière d'enseignement et de formation professionnelle. La finalité étant d'acquérir les connaissances, les compétences et l'expérience nécessaires pour décrocher un premier emploi.

Cette initiative se comprend dans une stratégie d'ensemble pour les jeunes en Europe. Un des volets est consacré à la mobilité et vise à permettre aux jeunes européens de bénéficier d'une période de mobilité au sein de l'Union européenne pour une durée plus ou moins longue selon le cas de figure dans lequel ils se trouvent : études, formation ou travail salarié.

Parmi les mesures prévues, figurent des initiatives destinées à lever les obstacles à la mobilité dans les études et à renforcer l'action du portail européen de l’emploi (EURES) pour aider les jeunes à trouver un emploi dans un autre pays. L’initiative promeut aussi les programmes européens soutenant la mobilité en matière d'éducation et formation, tels qu'Erasmus. La préparation de la nouvelle génération de programmes européens de soutien à l’éducation, à la formation et à l’emploi, pour l’horizon 2014, a déjà commencé.

Ces mobilités à des fins d'apprentissage contribuent aussi à faire émerger le concept de citoyenneté mais elles ne sont pas les seules. La Commission encourage également d'autres formes de mobilité notamment via le programme "Jeunesse en action". Ouvert à tous les jeunes, ce programme  promeut l'apprentissage non formel c'est-à-dire hors du cadre scolaire ou éducatif. Il favorise aussi le dialogue interculturel, encourage l'intégration sociale ou professionnelle de tous les jeunes, et stimule une citoyenneté plus active ainsi qu' une plus grande implication dans la vie démocratique en Europe. 

 

Propos recueillis par Amalia Petaux-Pantano

 

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