Présidente de la Fédération française des Maisons de l'Europe
Interview de Catherine Lalumière pour la newsletter de la Maison de l'Europe Bordeaux - Aquitaine
En 2010 l'Union européenne a traversé une crise économique sans précédant, quel regard portez-vous sur les réponses apportées par ses pays membres?
« La crise financière et économique a été violente, et bien que l'Europe ne soit pas responsable du déclenchement de cette crise, elle a été durement touchée par celle-ci. Je dois dire que l'Union européenne, puisque c'est surtout elle qui est concernée, a assez bien réagi sur le court terme. La Banque centrale européenne (BCE) a mené des opérations assez rapides, en mobilisant les ressources nécessaires, la commission et le conseil des ministres ont réagi rapidement. Les uns et les autres ont joué le rôle de pompiers, car il fallait surtout éviter que les banques ne soient en faillite avec les répercussions que cela aurait eu sur les particuliers.
Par la suite, lorsque le risque de faillite a dépassé les banques et a touché certains pays, tels que la Grèce, l'Irlande ou le Portugal, il y a eu encore une mobilisation rapide pour éviter une banqueroute des économies nationales et l'éclatement de la zone euro.
Sur le moyen terme, l'UE a également commencé a apporter une réponse appropriée. Notamment en commençant à développer des systèmes de contrôle, pour les marchés, les assurances ou les banques. Bien sûr, ces agences de contrôle démarrent tout juste, mais je m’entretenais récemment avec Michel Barnier (commissaire européen au Marché intérieur et aux Services - NDR) sur ce point, et il semble que l'on soit sur la bonne voie. »
Et quels défis les pays membres doivent-ils relever selon vous en 2011?
En 2011, il faut donc déjà s'assurer que les mécanismes créés l'an dernier fonctionnent bien. Par ailleurs, les déficits de certains pays, tels que l'Espagne, l'Italie ou même la France restent un problème. L'Union européenne sera donc cette année encore sur le fil du rasoir.
Évidemment, il est trop tôt pour savoir si le traité de Lisbonne qui a donné cette valeur juridique forte a la Charte a été efficace. Il faudra attendre les premiers recours devant la cours de Luxembourg. Mais nous pouvons dire qu'il y a tout de même des raisons d’être inquiet. Car le climat dans lequel nous nous trouvons, de mondialisation, de bouleversement économique et social, fait que, dans de nombreux pays d’Europe, la tentation est grande de ne pas respecter les droits de l'Homme. Regardez la manière dont on traite les immigrés, les Roms, tout cela n'est pas conforme à la Charte des droits fondamentaux.
Je pense que dans cette époque difficile, le nationalisme et la xénophobie ont tendance à se développer. Il faut se mobiliser pour éviter cela. Je reprendrais donc à mon compte le titre du récent opuscule de Stéphane Hessel (1) : « Indignez-vous », et j'ajouterais même « Réveillez-vous !»
Quel est le rôle des institutions pour contrer cette tentation du repli sur soi ?
À ma connaissance le parlement européen est conscient de ce danger. La commission a également réagi, à ce propos la réaction de Viviane Reding était peut-être peu diplomatique mais sur le fond exacte. Cependant, les organes de l'Union européenne ont tout de même tendance à réagir assez lentement et mollement. Et je ne voudrais pas que cette lenteur laisse se développer ces mouvements d'hyper-nationalisme et de xénophobie, car l'on sait quelles ont été les conséquences tragiques de ce processus dans les années 30.
Aujourd'hui que peuvent apporter, selon vous, à la construction européenne - dans sa dimension culturelle et sociale - les Maisons de l'Europe ?
Les Maisons de l'Europe sont là pour informer sur les grands dossiers européens mais aussi sur les grands problèmes auxquels les européens sont confrontés. Elle doivent aussi faire réfléchir sur la situation de l’Europe et sur son avenir. Dans la conjoncture actuelle où la situation de l'Europe est complexe, le rôle des Maisons de l'Europe est forcément complexe. Elles doivent aussi mobiliser les gens, non pas de manière partisane, mais simplement en faisant appel à la conscience citoyenne de chacun. Les Maisons de l'Europe ont donc un rôle à jouer, modeste mais réel, dans la construction d'une citoyenneté européenne et d'un espace européen.
Vous savez que Bordeaux et l'Aquitaine ont désormais leur Maison de l'Europe, vous avez assisté à son inauguration en décembre 2009, que lui souhaitez-vous en 2011 ?
De tout mon coeur je lui souhaite de continuer ce qu'elle a brillamment entrepris l'année dernière. L'équipe de Bordeaux est jeune, dynamique, pleine d'enthousiasme. Je pense que la Maison de l'Europe Bordeaux-Aquitaine a tous les atouts pour donner une belle image de l'Europe et continuer à rapprocher l'Europe des citoyens et les citoyens de l'Europe.
Propos recueillis par Amalia Petaux-Pantano
(1) Stéphane Hessel, Indignez-vous !, éditions Indigène, 2010 (3 euros)
A propos de Catherine Lalumière...
Après avoir mené une carrière universitaire en tant que docteur en Droit public et maître de conférence, Catherine Lalumière fut députée de la Gironde (1981-1989), secrétaire d'État auprès du Premier ministre, chargée de la fonction publique et des réformes administratives (1981-1983), secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie, des Finances et du Budget, chargée de la consommation (1983-1984) et secrétaire d'État auprès du ministre des Relations extérieures, chargée des Affaires européennes (1984-1986). Elle a également occupé la fonction de secrétaire générale du Conseil de l'Europe (1989-1994) et a été députée au Parlement européen (1994-2004). Elle fut Vice-présidente du Parlement européen (2001-2004). Elle est aujourd’hui Présidente de la Maison de l'Europe de Paris et Présidente de la Fédération française des Maisons de l’Europe.